Après près de 2 mois de confinement, les français entrevoient le bout du tunnel. Le gouvernement a annoncé son plan de déconfinement. L’objectif est clair : permettre, là où c’est possible, de relancer rapidement l’activité économique. Il faut donc que les travailleurs puissent de nouveau se rendre sur leur lieu de travail.

Chez Oklö, nous voyons là une opportunité unique pour le vélo ! E effet, la désorganisation de la société et de l’économie provoquées par l’épidémie de Covid-19 et les décisions de confinement qui ont suivies pourraient bien être la rupture dont la bicyclette avait besoin dans notre pays pour passer du statut de loisir au statut de moyen de transport.

L’exemple des Pays-Bas

On croit souvent que les Néerlandais ont toujours plus pratiqué le vélo que la moyenne de leurs voisins européens. En réalité, l’usage de la bicyclette, aux Pays-Bas comme partout ailleurs, a eu des hauts et des bas au fil du XXe siècle. La rupture qui a permise son essor et sa popularité actuelle s’est faite dans les années 1970. À cette époque les accidents mortels de la circulation se multiplient (3300 morts en 1971). Des manifestations s’organisent et l’association « Stop de Kindermoord » (halte au meurtre des enfants) est créée sous l’impulsion d’un célèbre journaliste, Vic Langenhoff, qui venait de perdre tragiquement son fils. Quelques années plus tard, suite au choc pétrolier de 1973, les Pays-Bas sont placés sous embargo. Pour réduire la consommation de carburant, les « dimanches sans voiture » sont instaurés et la bicyclette devient progressivement le moyen de transport principal en ville.

Amsterdam avant et après se transformation des années 1970

Amsterdam avant et après sa transformation des années 1970

À chaque pays son histoire et les conditions n’étaient pas réunies à cette époque en France pour freiner le développement de l’automobile. Le seront-elles aujourd’hui ?

Distanciation physique et transports en commun = problème

À partir du 11 Mai, les français qui ne peuvent pas télé-travailler sont invités à retrouver le chemin de leur entreprise. Mais le rituel métro-boulot-dodo risque de se transformer en métro-boulot-hosto tant il est difficile de garder ses distances avec la personne qui agrippe la même barre que vous dans le bus ou le métro. Il faut donc envisager des modes de transports alternatifs.

Option voiture

Pour les longs trajets (long est subjectif), la voiture s’imposera. D’autant plus que la relance économique pourrait bien s’accompagner de subventions ou d’aides au secteur automobile, si important dans notre pays. On voit d’ici les embouteillages monstres à l’entrée des grandes agglomérations dans lesquelles les automobilistes, prisonniers de leur voiture, poursuivront un confinement en pointillé (2 fois par jour).

Option marche à pied

Pour les petits trajets, la marche à pied (ou la trottinette)  pourrait bien trouver de nouveaux adeptes. Et c’est une bonne chose car un piéton ne prend pas de place, ne fait pas de bruit, ne consomme pas de carburant, ne met pas en danger les autres usagers et pratique une activité physique saine.

Option vélo

Pour une grande variété de distance, entre 1 et… disons 20 km, le vélo représente un choix pertinent. Bien entendu, le vélo présente de nombreux avantages. Il permet de couvrir de longues distances avec un moindre effort comparé à un piéton tout en préservant la santé de son cycliste et des autres usagers. On a d’ailleurs vu exploser le nombre de cyclises l’hiver dernier lors des grèves dans les transports, notamment à la RATP. Il est également de nature à préserver la distanciation physique nécessaire au déconfinement car à part dans le peloton d’une course, les cyclistes gardent des marges de sécurité.

emprise au sol de 40 personnes dans un bus / dans des voitures / sur des vélos

Les risques

Si les travailleurs se reportent massivement vers le vélo pour leurs trajets quotidiens, on risque de voir apparaitre certains problèmes.

Stationnement

Même si un vélo demande beaucoup moins d’espace de stationnement qu’une auto, il faut néanmoins des infrastructures spécifiques (lyres à vélos) et un peu de place. Pour les villes qui étaient déjà sous-équipées avant la crise du coronavirus, le problème risque d’éclater au grand jour.  Dès lors, on verra apparaitre des parkings à vélo « sauvages » qui risquent d’entraver les trottoirs. Les municipalités vont devoir réagir vite.

Circulation

On risque également de croiser un certain nombre de cyclistes peu aguerris. Même si « faire du vélo, ça ne s’oublie pas », certains n’auront pas enfourché de biclou depuis un certain temps. Entre le manque de technique et le manque de pratique en circulation, on peut s’attendre à des situations délicates. Rappelons ici que de nombreuses associations proposent des cours de vélo pour les adultes qu’ils soient de vrais débutant ou qu’ils aient simplement besoin de prendre confiance dans la circulation.

En plus de ce problème, on peut craindre les réactions d’automobilistes stressés, à la fois par le temps perdu dans les embouteillages et à la fois par la multiplication de ces 2 roues à pédales au milieu du trafic.

Les opportunités

Certains facteurs pourraient faciliter le report modal de la voiture, du bus ou du métro vers le vélos.

L’équipement

La France est un énorme marché pour le vélo. 2,7 Millions d’unités sont vendues chaque année en France, tout type confondu. On peut donc penser que bon nombre de français sont déjà équipés d’un vélo. Que ce soit un VAE ou un vélo sans assistance, un vélo de ville, de route ou un VTT, peu importe la monture, elle permettra toujours de parcourir quelques kilomètres quotidiens.

La remise en état d’un vélo qui n’a pas roulé depuis longtemps se résume souvent à regonfler les pneus et vérifier la tension des câbles de freins. Au pire, il faudra remettre une rustine, changer une chambre à air, un pneu ou des patins de frein. Rien d’insurmontable techniquement ou financièrement.

Les aides

Le point précédent est renforcé par l’annonce d’aides de l’état :

  • un forfait de 50 euros pour la remise en état d’un vélo au sein d’un réseau référencé de réparateurs (liste à paraître sur www.coupdepoucevelo.fr).
  • le financement de places de stationnement temporaires.
  • le financement de formations pour apprendre ou réapprendre à rouler à vélo.
  • accélération de l’instauration dans le secteur privé du forfait mobilités durables, jusqu’à 400 euros.

De plus beaucoup de collectivités locales annoncent travailler à la création de pistes cyclables (temporaires) post-confinement partout sur le territoire.

Notre analyse chez Oklö

Notre ambition chez Oklö c’est de permettre au plus grand nombre de se passer de la voiture. Pour cela, nous avons décidé de proposer au public un moyen de transport pertinent et efficace pour la majorité des trajets quotidiens. Donc oui, la perspective d’un développement massif du vélo à la sortie du confinement ne peut que nous réjouir.

Malheureusement, ce report modal vers le vélo se fera probablement au détriment des transports en commun et non de l’automobile. Cette dernière risque même, elle aussi, de bénéficier de la situation. On peut même dire que la voiture et le vélo sont en concurrence pour prendre des parts de marché aux transports en commun. Donc on voit bien que sur ce plan là, le tableau est plutôt mitigé…

Par contre, ce qui nous enthousiasme, c’est la perspective de cette fameuse rupture dont nous parlions plus haut : la situation semble favorable à un réel changement des mentalités aussi bien dans la population qu’au niveau des pouvoirs public. Après des années de prise de conscience des enjeux environnementaux, cette crise pourrait être le petit coup de pédale qui manquait pour lancer l’ère de la mobilité douce pour les décennies à venir. Il nous semble que le vélo est en passe d’être enfin considéré comme un outil de mobilité à part entière et plus seulement comme un simple loisir.

Sources :

https://www.cairn.info/revue-transports-urbains-2015-1-page-10.htm
http://meinamsterdam.nl/comment-les-hollandais-sont-passes-au-velo